samedi 25 février 2012

30. Sourdough Rendezvous festivités.

Dix demoiselles montent sur scène et, ayant enfilée mon costume de jeune prude innocente, ce qu'elles s'apprêtent à faire me paraît quelque peu incongru. Tour à tour, elles exhibent fièrement leurs gambettes aux trois membres du jury. Ces derniers ne devront non pas juger de leur galbe mais de leur pilosité ! Longueur, épaisseur, couleur, temps de pousse... tout est passé au peigne fin. La gagnante du concours a les poils des jambes presque aussi longs que ceux d'un homme de Cro-Magnon. Le plus gratifiant, c'est qu'elle est originaire de France ; voilà qui redore aisément notre blason dans la communauté yukonaise. Ensuite, c'est au tour des hommes de démontrer leur extraordinaire pilosité faciale. Les jurys devront déterminer lequel de ces hommes a la barbe la plus touffue, avant de s'attaquer à la moustache la plus fournie.

Depuis des années, pour une période plus ou moins longue, le mois de février accueille à Whitehorse ce qui s'appelle depuis 1962 le Yukon Sourdough Rendezvous Festival. Bien que la création initiale de ce festival remonte à l'année 1945, ce n'est que depuis 1964 qu'il bat son plein en popularité. Aujourd'hui, il permet à la communauté yukonaise de revivre le temps de quelques jours les festivités d'autrefois. Lancée de hache, de tronçonneuse, ou encore de rondin de bois ; course en sac à patates, en lit ou en binôme ; sculptures de neige, cabane à sucre, parades, spectacles de danse, scènes musicales, rencontres sportives des jeux d'autrefois et concours en tout genre... ce festival nous fait vivre un véritable retour en arrière !

Les sourires sont sur tous les visages, les températures négatives n'ont raison de personne, et les longs mois hivernaux se font presque oublier. Whitehorse a le cœur en fête.

mercredi 15 février 2012

29. La Saint Valentin et moi.


Copyright: Nicolas Dory.



La Saint Valentin, pour moi, est un jour particulièrement dénudé de sens si la solitude est votre compagnon de tous les jours. Et voir ce soi-disant amour exploser de toute part me rend généralement nauséeuse.

Lorsque la sonnette retentit et que j'ouvre la porte sur ce spectacle mielleux, cela m'arrache facilement un sourire. Il était là, posté devant moi; frigorifié, il tenait à la main de petits gâteaux fourrés à la vanille saupoudrés de petits cœurs. Alors que je sentais mes joues s'empourprer, je lui adresse un sourire empreint de reproches et le fais rapidement rentrer. Si je chéris secrètement au fond de moi les preuves d'amour en papier mâché, ma confiance en la gent masculine m'empêche irrémédiablement de m'en réjouir. Sa présence, bien qu'agréable, me gênait. Incapable de faire face à ce genre de déclaration, le monde se dérobait sous mes pieds. A mon grand soulagement, mes obligations envers le restaurant écourtèrent notre tête-à-tête et je pris gaiement le chemin du travail.

En fin de journée, sur le chemin du retour, Aurore m'accueillit à bras ouverts. Elle m'enveloppa de son grand manteau vert, sa chevelure chatoyante de reflets violâtres m'envoûtant comme jamais. Et puis, fidèle à moi-même, je me suis éprise d'un autre. Cet autre qui ne m'adulait pas, cet autre qui ne me voyait que comme une simple compagnie de passage, cet autre qui ne s'éprendrait certainement pas de moi. Il avait la beauté d'un pays lointain, les yeux d'un voyageur amoureux et le sourire d'un homme heureux. Rien en lui n'évoquait cette peur tapie en moi.


Mais à trop vouloir, on finit par tout perdre.

vendredi 10 février 2012

Intermède #6 : Yukon Quest.

Le 4 février, une vingtaine de mushers -dont Marcelle Fressineau- se sont lancés dans une course folle : la Yukon Quest.

La Yukon Quest est une course à chiens de traîneau de 1000 miles (1648 kilomètres) à travers le grand nord canadien et l'Alaska. Elle est réputée pour être la plus difficile au monde et a lieu tous les ans au mois de février. Les années impaires, les traineaux partent de Whitehorse (Yukon) pour arriver à Fairbanks (Alaska) et les années paires, la course se fait en sens inverse. Cette année, la course partira donc de Fairbanks pour arriver à Whitehorse.

La première Yukon Quest date de 1984, il y a donc presque 30 ans de ça ! Les concurrents se composent d’un musher accompagné de 6 à 14 chiens ; généralement, ils mettent entre 10 et 20 jours à parcourir la totalité de la course. Chaque musher a le droit à 250 pounds (113kg) de provisions et d’équipements pour survivre entre les 10 différents postes de contrôle. Le poste de contrôle de Dawson City représente le milieu de la course et c’est le seul endroit où le musher peut avoir de l’aide de personnes extérieures à la course. Si nécessaire, généralement pour une raison médicale, ils peuvent laisser des chiens aux postes de contrôle mais il leur faudra passer la ligne d’arrivée avec un minimum de 6 chiens pour pouvoir être pris en compte.

Le départ a été lancé ; maintenant, nous attendons tous avec impatience les premières arrivées qui ne devraient plus trop tarder.

dimanche 5 février 2012

28. Alayuk Adventures et les chiens de traîneau.


En arrivant cet après-midi chez Alayuk Adventures, c'est la boule au ventre que je rentre dans la cabine de Marcelle et Gilles. Les premières fois, je n'ai jamais aimé ça. Le stress prend le contrôle de tous mes sens, ce qui ne donne généralement rien de bon. Gilles et Julien, notre guide du jour, nous préparent l'équipement complet adéquat : manteau et bottes de compétition, bonnet, gants... Malgré les - 10°C environnants et le soleil d'aplomb, il ne faut prendre aucune chance. Après avoir attelé les chiens, quatre par traîneau, une petite leçon de conduite s'impose. L'exercice ne semble pas si compliqué, mais il demande un minimum de technique.

La sensation de vitesse est grisante et le stress disparaît sous l'excitation. Nous ne dépassons pas les 15 km/h et pourtant, j'ai l'impression que je pourrais m'envoler à tout instant. Cheveux au vent, je souris de toutes mes dents. Mais pas le temps de rêvasser, cette activité demande également un minimum de concentration si vous ne voulez pas finir votre course folle dans un arbre. À peine le temps pour moi d'y penser que j'évite de justesse une branche sur le chemin que le traîneau emprunte dans la forêt. Nous ferons ensuite une petite pause dans une grande étendue vierge avant de repartir de plus belle.

Une poignée d'heures de pur plaisir que je ne suis pas près d'oublier. Gilles nourrit les chiens après la sortie, nous les remercions puis s'en vient le temps de clore l'expérience.



Et je continue de me cogner le coeur contre le temps, cet insolent.